Conférence du Dr Anthony Allchurch, Directeur du Département Vétérinaire du Durell Wildlife Conservation Trust, Mars 2001
Thème : L'émergence d’une nouvelle approche de la médecine vétérinaire fondée sur la corrélation entre les pathologies et les facteurs environnementaux, climatiques, la perte de biodiversité...

      Le résumé de cette conférence n'est disponible en version complète anglophone et en version française courte.

      Le Parc Zoologique de Jersey fut fondé en 1959 par le naturaliste Gerald Durrell qui était à l'époque le directeur. Gerald Durrell est né à Jamshedpur (Inde) en 1925. Il passa une grande partie de sa jeunesse sur l'île de Corfu en Grèce où il suivit des cours spéciaux de zoologie et garda un bon nombre d'animaux sauvages de l'île comme animaux domestiques. En 1945, il se joigna à l'équipe du Parc Zoologique de Whipsnade comme étudiant " keeper ". Il effectua également de nombreuses expéditions au Paraguay, en Argentine, à Sierra Leone, au Mexique, à Madagascar…En 1964, il créa le Jersey Wildlife Preservation Trust qui deviendra en 1999 le Durrell Wildlife Preservation Trust afin de maintenir le statut international de l'institution. Le projet du Durrell Wildlife Preservation Trust est fondé sur la médecine de la Conservation, l'éducation des jeunes générations, le développement professionnel dans la protection de la biodiversité…
      La médecine de la Conservation est née en Amérique du nord et ne s'est développée réellement que depuis une dizaine d'années. C'est une discipline en émergence qui lie la santé humaine et animale à la santé de l'écosystème et aux changements environnementaux. Elle est nécessaire pour la mise en place de programmes de réintroduction in-situ d'espèces sauvages gardées ex-situ dans les parcs zoologiques.
       L'étroite interface entre l'habitat humain et celui des espèces sauvages existant dans des habitats dégradés ou fragmentés se manifeste par l'augmentation des transmissions de maladies entre les espèces. Des modifications d'habitat, des événements naturels, des interventions humaines, des dominances par de nouvelles espèces introduites dans le milieu naturel, peuvent provoquer un stress dans le monde vivant et causer une plus grande susceptibilité aux maladies.
Le Durrell Wildlife Preservation Trust est un organisme pionnier dans cette nouvelle approche de la médecine Faune Sauvage qui consiste à établir des corrélations entre la santé des espèces sauvages, celle de l'écosystème (qualité de l'eau, du sol, le contrôle des animaux nuisibles, les changements climatiques…) et la santé humaine.
      La nouvelle pratique vétérinaire en parc zoologique s'apppuie sur des systèmes informatisés de références très utiles. Ces systèmes encouragent la préservation et la conservation des espèces en aidant les utilisateurs à gérer facilement leurs collections d'animaux. Ils permettent de connecter un grand nombre d'institutions zoologiques dans le monde. Certaines espèces ont pu être ainsi l'objet de programmes de reproduction (" breeding programs ") qui ont été réussis. Parmi ces espèces, certaines ont même pu être réintroduites avec succès dans leur milieu naturel (le bison d'Europe, l'oryx d'Arabie). MedArks (Medical Animal Records Keeping System) permet de consulter les rapports vétérinaires sous une forme informatisée. C'est un programme qui permet à chacun de s'informer facilement sur les pathologies cliniques animales, les traitements parasitologiques, les examens, les vaccinations, les procédures d'anesthésie…
       La santé connecte toutes les espèces de notre planète. C'est le principe d'unité de la vie. La santé de la biosphère, de l'écosystème, des espèces, et la santé des hommes forme un continuum inextricable d'interdépendance.


      The emergence of a new scientific discipline of "Conservation Medicine" represents a timely response to an increasing concern about new or rediscovered diseases and their relationship to climate change, habitat fragmentation and loss of bio-diversity. Conservation Medicine was conceived out of the precocious advancement of Conservation Biology and provides a holistic basis for addressing challenges to the health of humans, wildlife and ecosystems.
      A multidisciplinary forum of scientists and health professionals was convened at White Oak Plantation in Florida in April 1999 and established an agenda for the development of Conservation Medicine in the next millennium. Although primarily focused on issues affecting human and wildlife health, the meeting also recognised that managed micro environments such as the naturalistic habitats created in zoos might serve effectively for mapping and modelling disease patterns and host / parasite relationships in captive animals.
       Zoo medicine has traditionally focused on managing animal health through effective clinical response combined with appropriate disease prevention programmes. In this context, disease is generally regarded as a random process where pathological study provides the understanding for resolving problems. Proponents of Conservation Medicine however consider that patterns of morbidity and mortality in human and wild animal populations may be predictable and consequential to changes in ecosystem health. Fragmentation of habitats, loss or imbalance of bio-diversity and changes in ambient climates may foster the emergence of new or rediscovered diseases and the proliferation of vectors that promote them.
       Zoological institutions on the cutting edge of wildlife conservation manage captive populations of endangered species in support of in-situ conservation programmes. The cycle of transition from wild to captive living and ultimately to reintroduction to the wild presents significant health challenges to individuals or groups of animals. Similar hazards may be experienced by wild animal populations that suffer displacement through fragmentation or degradation of habitats.
       Modern zoo practice enables individual specimen lifetime health records to be maintained on MedARKS (medical animal record keeping system). New diagnostic techniques facilitate the comprehensive monitoring of captive animal populations for evidence of exposure to known specific pathogens such as chlamydia psittaci and yersinia pseudotuberculosis. MedARKS can be utilised to process data so that community health may be assessed on a quantitative basis. Spatial and temporal influences on disease incidence within the population may be mapped and provide potential models for understanding comparable events in free living populations.
       Establishing an intrinsic balance between the health profiles of free living and captive communities of animals is crucial to the success of reintroduction programmes. Zoo animals for release are subjected to stringent protocols for health screening and appropriate prophylactic measures are applied. But this strategy of hazard assessment and management also renders released individuals particularly vulnerable to naturally occurring diseases with potentially disastrous consequences. However, this problem may be addressed to some extent by conducting comparative studies of parasite profiles in the captive and free-living populations of species such as the Mallorcan midwife toad (Alytes muletensis) to enable effective strategies to be devised before animal transactions proceed.
       The Veterinary Services Department of the Durrell Wildlife Conservation Trust is now actively committed to supporting the emerging science of Conservation Medicine and to contributing its resources to the progress of in situ species conservation. This new field of endeavour provides exciting opportunities for the Trust's multidisciplinary team to work together for the cause of saving species from extinction.